Bad Bunny au Super Bowl 2026
- il y a 4 jours
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Enfin ! Plus de trois semaines après l’évènement tant attendu, j’ai enfin pris le temps de visualiser le show de la mi-temps du Super Bowl.
Il a fallu éviter les réseaux un maximum pour ne pas se faire spoiler, mais nous y sommes, j’ai regardé, écouté et voici ce que j’en ai retenu.
Contexte de la tournée de Bad Bunny
Lors de sa tournée internationale (en cours), Bad Bunny n’a pas fait de date aux États-Unis. Choix politique et sécuritaire pour les latinos dans le contexte actuel.
J’avais trouvé surprenant, et dangereux pour lui de participer à cet événement du Super Bowl.
Heureusement, tout s’est bien déroulé.
Ce que j'ai aimé :
On découvre dès les premières images une scénographie qui n’est pas forcément faite pour être au top visuellement dans un stade, mais qui est pleinement pensée pour imposer son monde et amener les spectateurs au cœur de l’expérience portoricaine.
Un beau message, une provocation assumée, vous ne voulez pas de nous ici, on vous amène notre « chez-nous », chez vous !
La scénographie reprend les codes de sa tournée actuelle. On y retrouve l’alternance entre les séquences pré-filmées, le show en live et la volonté de recréer différents espaces de vie liés à Puerto Rico.
Ce qui m'a manqué :
La mascotte Concho n’a pas été mise en avant comme lors des concerts où l’amphibien tient le rôle de fil conducteur, portant également une grande partie de la charge émotionnelle du concept.
En revanche, un personnage secondaire mais incontournable, était bien présent : la Casita (la maison) qui accueille et lance la partie « Party » du show.
Pendant les concerts, elle accueille des célébrités, aux côtés des VIP et des danseurs.
Décryptons le show de la mi-temps du Super Bowl, tableau par tableau
Le visage de Puerto Rico
Jíbaro
Le terme jíbaro a des racines indigènes, probablement du taíno, et désignait à l’origine les personnes qui vivaient dans les montagnes, loin des centres urbains. Au XIXème siècle, il désignait le paysan portoricain […]
Pendant longtemps, être jíbaro était vu comme « rustique » et « dépassé ». Mais avec le temps, cette perception a changé : le jíbaro est devenu symbole d’identité (portoricaine), de résistance et de fierté nationale (source : ¿Qué es el jíbaro puertorriqueño? Símbolo del alma del campo boricua ).
Avec cet hommage à la culture jíbara, Bad Bunny fait le choix d’ouvrir sur un symbole fort de la culture boricua (=portoricaine). Le ton est donné.
Le show ouvre sur un figurant représentant un jíbaro, qui avant de nous faire poursuivre l’aventure à travers champs, déclame un beau « Qué rico es ser latino ». Inutile d’attendre plus longtemps, autant assumer haut et fort son message dès les premières secondes !
Ce premier tableau attaque fort en mettant en scène les travailleurs au milieu de champs de canne à sucre.
Le générique est écrit entièrement en espagnol avec une typographie rappelant les génériques des télénovelas.
Puis retour au stade, et c’est au milieu des danseurs/figurants vêtus de blanc, machette à la main, chapeaux traditionnels sur la tête (pava) que Bad Bunny fait son entrée. Lui aussi tout en blanc, mais dans une tenue de footballeur américain revisitée pour l’occasion (Benito 64). Il porte un ballon de foot et entame les paroles de « Titi me preguntó » .
Il continue sa déambulation en passant devant un vendeur de coco frío (eau de coco), un groupe de « papis » jouant aux dominos, une bouteille sur le coin de la table, un stand de manucure, un groupe de jeunes femmes semblant travailler dans la construction. Il s’arrête prendre une piragua (mélange de glace « rapée » et de sirop, un rafraîchissement ancré dans la culture populaire portoricaine), qu’il dépose à un vendeur de tacos avant de passer au milieu d’un shadow boxing entre Xander Zayas et Emiliano Vargas (stars montantes de la boxe).
Il s’arrête ensuite au comptoir d’un rachat d’or pour prendre une boîte rouge contenant une alliance, qu’il donne au jeune couple qui suit. Le jeune homme fait sa demande en mariage et ainsi se ferme ce premier tableau, avec la promesse d’une vie à deux.
A travers ces petites scènes, c’est la vie quotidienne portoricaine qui est illustrée, excluant volontairement la présence grandissante et imposante des américains états-uniens sur le sol de Puerto Rico.
Party en la Casita
Nous retrouvons la scénographie des concerts.
Sous le porche de la maison, nous accueillent Cardi B, Karol G, Young Miko, Jessica Alba, Pedro Pascal entre autres célébrités !
Devant eux, les danseuses assurent le show à travers une chorégraphie mélangeant essentiellement des mouvements de perreo, pendant que Bad Bunny fait son apparition sur le toit.
« Las mujeres en el mundo entero, perreando sin miedo ! »
La température monte, le set se poursuit avec « Yo Perreo Sola », chanson emblématique féministe, pro LGBTQIA+. Véritable ode à l’empouvoirement féminin , cette chanson sort en 2020 dans un contexte de violences faites aux femmes, féminicides, et après le meurtre d’une personne transgenre à Puerto Rico.
El « Conejo Malo » (Bad Bunny) est ensuite rejoint par d’autres danseuses pour la chanson « Voy a Llevarte pa’ PR », avant de «passer à travers le toit» (1ère cascade).
Sa « chute » nous refait basculer sur une vidéo montrant l’intérieur de la Casita. En quelques fractions de secondes, nous sommes plongés au cœur d’une maison latina (carrelage, meubles, objets religieux, décoration…) en plein repas. Avant qu’il ne ressorte par la porte d’entrée.
Retour au stade, sous le porche de la Casita.
Il rejoint le parterre de danseurs sur un medley de très courts extraits de morceaux emblématiques de la culture reggaeton portoricaine. La voix de Tego Calderon, considéré par les puristes comme le véritable digne représentant des pionniers du Reggaeton, ouvre le bal. S’ensuit le fameux « Dale don dale » de Don Omar, suivi par un extrait de « Gasolina » de Daddy Yankee. Un bel hommage à ceux qui ont ouvert la voie à ce genre musical. « Vous écoutez la musique de Puerto Rico. Des barrios (quartiers) et des caserías (*) !»
Il enchaîne sur « EoO ». Bad Bunny est perché sur le toit d’un pick-up, recréant ainsi l’ambiance des « party de marquesinas », ces fêtes / soirées dans les garages qui ont vu naître et fait se répandre le Reggaeton.
On continue d’admirer le travail chorégraphique.
Les écrans du stade affichent Concho, à la façon d’un zoom sur un VIP.
Puis nous replongeons en 2023 avec le morceau « Monaco ». Des violonistes en live nous jouent les premières notes pendant que Bad Bunny, qui a repris son ballon de foot dans les bras, fait un discours sur le fait de toujours croire en soi.
*Caserías : (aussi appelés « projects » ) sont le résultat de projets immobiliers ayant pour objectif de créer des zones pavillonnaires pour les personnes avec de faibles revenus.
Moment de célébration
Changement de décor. Nous assistons à un (vrai) mariage, et quel mariage ! Bad Bunny comme témoin et Lady Gaga comme chanteuse, de quoi démarrer en beauté cette union.
C’est accompagné du band de salsa de la tournée Debí Tirar Más Fotos (DTMF) de Bad Bunny que Lady Gaga entame une version salsa de « Die with a smile ». Il manque Bruno Mars (mais en même temps il a déjà fait 2 super Bowls…!), et j’avoue qu’un chanteur originaire d’Hawaii, aurait été un bonus plus qu’intéressant !
« Dime, esto es lo que tú querías ? » (c’est bien ce que tu voulais non ? )
Mais alors pourquoi la new-yorkaise Lady Gaga ? Pour faire plaisir au public du Superbowl ? Pour apaiser les critiques de cette mi-temps si controversée ? Pour « lisser » le show et calmer un peu le jeu avec elle qui représenterait si bien l’Amérique blanche ?
C’est sans compter sur son histoire personnelle. De son vrai nom Stefani Joanne Angelina Germanotta, née à New York (ville du melting pot, s’il faut le rappeler...), elle est la petite-fille d’immigrés siciliens du côté de son père, et a toujours revendiqué fièrement ses racines italiennes.
Dans une « amérique » (états-unis) qui fait la chasse aux migrants (et bien plus…), se pose alors la question : quelle teinte de peau est considérée comme acceptable dans l’Amérique du président au teint orange ?
Ce tableau nous fait vivre un moment de célébration à la façon latino-caribéenne. De la musique, de la danse, de la vie, des danseurs de tous âges, et des clins d’œil de la vie quotidienne quand Bad Bunny va « réveiller » un enfant qui dormait sur la chaise, la tête posée sur le ballon, alors que la fête bat son plein. Le tout sur le morceau « Baile inolvidable »… pépite !
Bad Bunny quitte la fête en se laissant tomber en arrière (2ème cascade), du haut d’un « toit », et nous voilà à « Nuevayol » (qui signifie « New york », si tu n’as pas suivi l’album DTMF) avec un beau tableau qui mélange salsa, dembow, dans un décor de quartier, avec même un enfant qui se fait coiffer chez le barber. Les chorégraphies et les danseurs sont toujours incroyables.
Puis Bad Bunny se dirige vers la Toñita, de son vrai nom María Antonia Cay, dont il parle dans sa chanson (« Un shot de cañita en casa de Toñita »). La gérante portoricaine de 85 ans tient le Caribbean Social Club, un lieu de retrouvailles pour les personnes issues de la diaspora latina, devenu lieu de référence à New York.
Interlude
Une scène dans laquelle on aperçoit une famille assise devant un vieux poste TV diffusant le discours de Bad Bunny lors de la cérémonie des Grammys 2026. Une cérémonie qui avait lieu une semaine auparavant et pendant laquelle il a raflé trois prix, dont celui de l’album de l’année, premier album chanté en espagnol à remporter (enfin) ce prix. Historique.
Bad Bunny entre dans cette scène pour remettre son prix au jeune garçon de 5 ans. Une réponse imagée à la question : « Bad Bunny, que dirais-tu à ton « toi » de 5 ans ? »
De toujours croire en ses rêves.
Lo que le pasó a Hawaii
Ayayay… cette suite. Personnellement, un de mes moments préférés. Frissons.
Le musicien entame les premières notes de cette chanson si intense, et comme lors de ces concerts, ce n’est pas Bad Bunny, mais une figure engagée qui chante. Pour ce Super Bowl, c’est Ricky Martin qui endosse ce rôle, dans le décor reprenant la couverture de l’album et les désormais emblématiques deux chaises de jardin.
Ricky Martin, peut-être peu ou pas connu des nouvelles générations, est un chanteur portoricain, qui depuis son coming-out en 2010 se bat pour les droits LGBTQIA+, qui est engagé humanitairement via sa fondation et qui ne laisse pas passer les propos racistes de Trump et son équipe.
Cette chanson, qui est peut-être l’une des plus engagées de l’album DTMF, n’a pas un rythme vraiment adapté à cet événement, car cela peut créer une cassure mélancolique trop forte. Cependant, le passage, aussi court soit-il, a permis aux paroles de résonner dans ce stade. L’essentiel du message est dit. Mais, comme pour faire taire ce discours, la chanson est interrompue, Ricky Martin ne peut terminer sa phrase musicale car… tout saute !
Coupure de courant
« El Apagón » bien sûr (traduction de « panne » ou « coupure de courant »)! Quelle belle entrée pour cette chanson.
Car oui, les coupures de courant sont malheureusement monnaie courante, les infrastructures étant vétustes.
Des acrobates sont attachés à de faux poteaux électriques. Bad Bunny fait son apparition portant un immense drapeau de Puerto Rico.
Les danseurs arrivent en masse sur le rythme de la bomba portoricaine. Tous les éléments sont réunis pour porter le message de résilience, la fierté d’être portoricain, son amour pour son île et ses gens, malgré le mépris et l’inaction des institutions états-uniennes.
Welcome to the Calentón !
Por la mañana caféééé, por la tarde ron !
On sent la fin approcher, « Debí tirar más fotos » est LA chanson fédératrice du dernier album.
« God Bless America », s’exclame Bad Bunny en prenant la tête de la file, portant de nouveau le ballon dans ses mains, suivi des musiciens de plena « Los Pleneros de la Cresta ». Et pendant que le mauvais lapin (Bad Bunny) déclame la liste des pays des Amériques et des Caraïbes, il est rejoint par les porte-drapeaux.
Chile (si si!), Argentina, Uruguay, Paraguay, Bolivia, Perú, Ecuador, Brasil, Colombia, Venezuela, Guyana, Panama, Costa Rica, Nicaragua, Honduras, El Salvador, Guatemala, México, Cuba, República Dominicana, Jamaica, Haiti, Antillas, United States, Canada.
Puerto Rico.
En fond, sur l’écran du stade est reprise sa citation lors des Grammy Awards : « The only thing more powerful than hate is love ».
Bad Bunny arrive à la fin du parcours, et dans un dernier geste il présente le ballon face caméra sur lequel est inscrit : « Together we are America »
« Seguimos aquí ! » sera sa conclusion.
Point final.
Trump en PLS.
Bravo et merci Bad Bunny.
Conclusion
Ce final ne peut que remettre en question l’identité américaine. Qu’est-ce que l’Amérique ? Les Amériques ?
América no es solo U.S.A., papá
Esto es desde Tierra del Fuego hasta Canadá
Hay que ser bien bruto, bien hueco
Es como decir que África es solo Marrueco'
L’Amérique, ce n’est pas que les États-Unis,
Cela va de la Terre de Feu jusqu’au Canada.
Il faut être bien creux,
C’est comme dire que l’Afrique c’est juste le Maroc
Je vous renvoie vers le magnifique clip qui illustre la tout autant puissante chanson de Residente (portoricain aussi…) ft Ibeyi (sœurs franco-cubaines) « This is Not America ».
Chanson qui « rebondit » sur le titre « This is America » de Childish Gambino.
Bad Bunny étant devenu un véritable phénomène de la pop culture, vous trouverez de multiples articles et vidéos pour compléter cette analyse.
Vous êtes évidemment les bienvenu.e.s en commentaire pour enrichir, rectifier ou questionner sur cet événement passé.
Merci d’avoir pris le temps,
À très vite.
Tracklist :
Tití me preguntó
Yo perreo sola
Party
Voy a llevarte pa’ PR
Monaco
Medley Tego Don Omar Daddy Yankee
EoO
Die with a smile, remix salsa - Lady Gaga
Baile inolvidable
Nuevayol
Lo que le pasó a Hawaii ft Ricky Martin
El Apagón
Café con Ron
Debí tirar más fotos
Chorégraphes principaux:
Charm La Donna (+ direction artistique)
Karina Ortiz
Chorégraphes associés :
Jovanni Soto
Melany Mercedes
Assistant chorégraphe :
Valerie Lemus
Chorégraphe cascades (stunt) :
Kiani Del Valle

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